" Voyager, c'est demander d'un coup à la distance, ce que le temps ne pourrait nous donner que peu à peu."

Paul Morand - Eloge du repos

mardi 25 mars 2014

Bordeaux-Paris

Parfois, je regrette ce temps qui n'est plus le mien aujourd'hui mais qu'il me plait de penser avoir peut-être connu dans une autre vie; ce temps où chaque voyage était un long périple, une véritable odyssée. Quel émerveillement et quelle délivrance ce devait être lorsqu'on arrivait à destination après des jours, des mois même! Le temps des diligences, des calèches, des frégates...

A présent, les voyages s'expédient en quelques heures, les lettres en un clic. L' attente s'amenuise, rétrécit comme une peau de chagrin. Pourtant qu'elle fut belle cette attente, pleine d'espoirs, de doutes et de promesses...On ne sait plus attendre, on ne veut plus attendre parce qu'on a perdu le temps de vivre tout simplement. 
Trois heures. C'est ce qu'il faudra à ce train pour relier Bordeaux à Paris. Bientôt deux heures suffiront...

Gare Saint Jean - Gare Montparnasse. La première étape de notre voyage pour Prague.
Prague...Pourquoi? A notre retour, cette question ne se posera plus tant il parait que cette ville est envoûtante.
Il y a quelques semaines, ma compagne regarda un reportage qui lui donna envie de découvrir Prague de ses propres yeux. Elle me dit " Nous partons à Prague ". Je lui répondis évidemment par l'affirmative, me réjouissant d'ores et déjà d'explorer celle qui fut jadis un des phares de l'Europe.

Prague, au cœur du royaume de la Bohême; Prague où s'entremêlent le médiéval, le classique, le baroque, l'art nouveau etc. Prague aux trois cultures : tchèque, allemande et juive. Prague et Rodolphe - son roi collectionneur - qui s'entoura d'artistes, d'astrologues et d'alchimistes. J'avoue que ce passé occulte me fascinait déjà!

J'emportais, pour journal de bord, un carnet Paperblanks dont la couverture était illustrée d'un Mucha (Je l'avais d'ailleurs choisi pour cela, Mucha était tchèque) ; pour lectures, les Histoires Pragoises de Rilke, La Nuit sous le pont de Pierre de Perutz, Noir, histoire d'une couleur ainsi qu'un routard bien sûr et un petit guide fort passionnant Prague insolite et secrète de Martin Stejskal. Je n'ai jamais voyagé sans livre. Cela serait comme oublier une partie de mes bagages, la plus importante.

Ici commence donc ce carnet tchèque...

16 mars 2014

5h40. Le train s'enfonce dans la nuit. Partout au loin, les lumières des villes encore endormies ponctuent l'obscurité comme autant de lucioles. J'aurais volontiers aimé une cigarette mais il faudra patienter jusqu'à l'arrivée de ce train. J'ai tant l'habitude de fumer (beaucoup trop !) lorsque j'écris que je me sens un peu frustrée sur le coup.
Dans mon baladeur, Mylène encore, le live Timeless, histoire de terminer cette nuit et d'aborder l'aube dans la douceur...Car cette nuit, du moins ce qu'il en reste, devient grise et bleue. Des arbres, des maisons, enveloppées de brume...

Entre la gare et l'aéroport, quelques volutes de fumée d'une cigarette se consumant beaucoup trop vite, des gens pressés (tiens, on ne serait pas à Paris?!), métro, RER...Un saltimbanque joue Carmen à l'accordéon et ma pensée s'égare quelques instants vers MON pays imaginaire, cette contrée en éternelle re-création. Mais l'immensité de Roissy me ramène brusquement à la réalité. Roissy et son tarmac qui s'étend à perte de vue, aussi gris et triste que la plaine du Mordor! Et ses monstres ailés qui sans répit s'enfoncent dans le ciel.



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